Enseignement gratuit au Congo, une réalité ou un voeu pieux ?

Publié le 3 septembre 2010 | pas de réaction

Deux élèves dans une rue à Goma

« Je suis déjà inscris  à une école des religieuses et papa va m’acheter un cartable et une gourde et lundi j’irai à l’école.. », Nathan (4ans), mon jeune frère, a du mal à dissimuler sa joie. Il l’a longtemps observé ses ainés, en uniforme (bleu et blanc), sac à dos, chaque matin s’apprêter pour aller à l’école et les soirs, avec un regard envieux, en train de faire leurs devoirs. Il a hâte d’aller, ce lundi 6 septembre, expérimenter l’école et se voir considérer au même titre que les autres enfants.

Je le comprends et lui donne raison quand je me rappelle mon premier jour de classe (il y a exactement 18 ans). C’était pour moi le jour des rêves. Enfin, je m’étais dit que je suis dans  » la cour des grands ». J’étais loin d’imaginer qu’après quelque mois, le comptable de l’école pouvait se pointer devant la classe avec une liste et citer les noms de quelques camarades et de leur demander de rentrer à la maison parce que leurs parents n’ont pas payé les frais scolaires. J’ai compris plus tard, au niveau du secondaire que c’était une réalité quand j’ai commencé à faire partir de la liste du monsieur le comptable. Et mes parents me répétaient toujours que les choses changeront un jour. Ils ont beau me raconter qu’eux, ne se faisaient pas renvoyer à la maison parce que l’état assurait la gratuité de l’éducation.

Voilà que ce au tour de mon jeune frère d’entrer dans  » la cour des grands « . Lui, aura peut-être la chance de ne pas vivre la galère parce que le Président Kabila a instruit, ce lundi 30 août, son gouvernement d’assurer la gratuité des frais scolaires à partir de l’année 2010-2011, comme le stipule la constitution en vigueur (art 43) : « Toute personne a droit à l’éducation scolaire. Il y est pourvu par l’enseignement national. L’enseignement national comprend les établissements publics et les établissements privés agréés ».

Je ne sais pas s’il faut saluer cette unième promesse (au Congo nous en avons déjà lu et entendu de toute sorte). Déjà au lendemain de l’annonce de cette nouvelle, le ministère de l’enseignement avait rectifié le tire en précisant que « la gratuité concernera, pour une première phase, les enfants des classes de première, deuxième et troisième années des écoles publiques de toutes les provinces, hormis ceux des villes de Kinshasa et de Lubumbashi. Par contre, cette gratuité concernant les frais de minerval n’exclura pas le paiement des frais liés à la motivation des enseignants (frais de fonctionnement) payés par les parents ».

Ainsi va la vie au Congo démocratique, des promesses, des beaux discours etc. J’espère cette fois-ci que les choses vont changé comme me le répétaient mes parents.

  • Pour avoir une idée sur le système éducatif au Congo (RDC) cliquer ici
  • D’autre média parlent de ce sujet ici et

Au Congo on régresse au lieu de progresser

Publié le 28 août 2010 | 2 réactions

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Figurez-vous dans un coin où vous ne pouvez pas passer un appel depuis ton téléphone portable, dans un coin où vous ne pouvez pas faire usage du courant électrique…

Je ne sais pas si vous avez vécu les années 60, plus précisément en République démocratique du Congo ? Moi, nom. Tout ce que je sais de cette période, je l’ai appris soit à au banc de l’école soit dans mes lectures ici et là.

Il y a quelques jours, j’ai eu l’impression de vivre cette époque. J’ai visité Mwesso, une bourgade à plus ou moins 200 km au Nord-Ouest Goma, dans le territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu à l’Est du Congo. Là-bas, aucune compagnie de téléphonie n’arrose cette partie du pays. Là-bas, la Société Nationale d’électricité (SNEL) est un vrai mythe. Il n’y a jamais eu du courant électrique. Là-bas encore, les routes sont impraticables (je pèse bien mes mots).

Mon séjour dans cette partie du Congo m’a permis de me rendre compte que réellement le Congo est immense et beau. J’ai vu des paysages splendides, des vaches dans des pâturages comme je ne l’avais jamais vu. On m’apprendra qu’à l’époque, 70 % de la production nationale de la viande de bœuf provenait de cette région. Aujourd’hui plus rien n’y est produit avec la succession des guerres qu’a connu le beau Masisi.

Dommage qu’au lieu de progresser, les congolais eux, ont choisis la régression…

Le petit commerce pour survivre

Publié le 23 août 2010 | 4 réactions

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Troisième jour dans le territoire de Rutshuru. Ma montre indique 15 heures. Je suis dans une des rues sablonneuses de la citée de Kiwanja. Le soleil tape fort. J’estime que nous sommes au-delà de 35°.

Au moment où je souhaite étancher ma soif que ce soleil me crée, je fais une rencontre, comme par hasard, qui me redonne un peu brin d’espoir. C’est le jeune Charmant. Il a 12 ans et aîné de sa famille. Il vit  lui, sa maman et ses deux autres jeunes frères dans une maison de deux pièces à Mabungo, un quartier populeux de la citée de Kiwanja. Il me propose des œufs (bouillis) sur une plaquette avec du sel dans un flacon, que je soupçonne avoir servi d’emballage pour un produit pharmaceutique, en lieu et place d’un rafraichissement.

Charmant insiste à tel point que je suis curieux de savoir pourquoi c’est vraiment important que j’accepte son offre, au lieu d’une bouteille de limonade bien froide. « J’ai planifié d’écouler tous mes œufs », lâche-t-il. Curieux, je tente d’entreprendre une conversation avec ce jeune homme. J’apprendrai qu’il est en train d’aider sa mère dans son petit commerce. Il a eu la chance que nombre d’enfants n’ont pas eu : un prêtre a pris en charge sa scolarité depuis qu’il est tout petit. Il passe en deuxième année du secondaire. Pendant les vacances, c’est lui-même qui a proposé cette stratégie de vente de porte à porte pour booster les recettes. Charmant n’a qu’un seul rêve : finir ses études et construire à sa maman une « belle » maison.

Une partie de notre conversation :

Moi : Dis-moi tu étudies ? Parle-moi un peu de toi ?

Lui : Avant de te parler, rassure-moi que tu payeras mes œufs.

Moi : (je lui fais comprendre que je ne saurais pas acheter 24 œufs en un coup). Je peux seulement acheter deux ou trois, je ne saurais pas terminer à moi seul 24 œufs.

Lui : bon ok, toi tu es qui d’abord ?

À mon troisième jour ici, loin d’être déçu ou énervé, j’ai de l’espoir. Rencontrer et parler avec ce jeune, me rend confiant quant à l’avenir. Cette partie du pays possède une potentialité énorme. Il y a (presque) tout ici. Des gens intelligents, un sol fertile, un élevage aussi possible… seulement la sécurité faits défaut.

Rutshuru, une triste réalité

Publié le 18 août 2010 | pas de réaction

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Deuxième jour à Kiwanja. Je prends le rythme et je découvre davantage cette contrée. Je suis frappé par la permanence du courant électrique. L’ampoule dans ma chambre ne s’est pas éteint un seul instant. L’eau coule des robinets sans cesser aussi. Heureux je suis, j’ai chargé la pile de mon appareil photo que j’ai utilisée avec précaution depuis une semaine à cause des délestages intempestifs à Goma. Le courant et l’eau sont monnaie courante grâce à un micro-barrage construit par une communauté religieuse et entretenu par un comité villageois.

Comme le veut les bonnes manières, j’ai pris soin de faire un crochet au bureau du territoire, question pour moi de présenter mes civilités à l’autorité locale. Le bâtiment qui abrite l’équivalent du siège du gouvernement en province est une vielle construction que le colon belge a laissée. Visiblement elle a été réhabilitée plusieurs fois. Malgré la lotion et un peu de maquillages, les rides restent nettement visible sur cette vielle dame de plus de 60 ans.

Dans le bureau de l’administrateur adjoint, une dame très active dans la région, le plafond est à plus de deux mètres de hauteur, les murs sont peints en jaune et bleu, les couleurs nationales. Derrière elle, une effigie du président de la République qui rappelle que nous sommes en République Démocratique du Congo. Mon interlocutrice n’est pas chiche du sourire. Elle en donne sans se faire prier. Peut être une façon pour elle d’incarner l’hospitalité de la population du territoire de Rutshuru qui a accueilli au fur des années des réfugiés venus des pays limitrophes.

Des policiers rançonneurs

Après cette étape, je fais un tour dans la citée. Direction, Burayi. Un village à trois kilomètres au Sud de Kiwanja. Ici, c’est le carrefour ou le croisement de la route qui va vers Butembo et celle qui trace vers Bunagana, plus à l’Est, une autre citée et poste frontalier avec l’Ouganda. Des policiers de route (roulage) sont en poste ici. J’en compte une dizaine. Différence avec ceux de Goma, ils sont sereins et moins nerveux. Je m’imagine qu’ils sont riches, car ici, c’est seulement des camions avec des marchandises qui appartiennent aux riches commerçant de la région, venant de Butembo ou de l’Ouganda et qui doivent déboursés conséquemment. Points communs, ils rançonnent les conducteurs. Le trafique n’étant pas suffisant, ils ont la possibilité de prendre une sieste sous un arbre en attendant le prochain véhicule.

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La rencontre qui fait mal

J’essaie de parler aux habitants aux alentours. La première personne au hasard, une femme avec des tresses rebelles. Un peu comme j’en vois dans les clips reggae. Elle est en T-shirt. J’ai du mal à identifier la couleur mais, je crois qu’à l’origine il serait blanc. Elle est ouverte et veut me parler. Je sens dans elle, le besoin d’exprimer sa souffrance avec l’idée d’une aide en retour. J’apprends d’elle qu’elle est veuve. Son mari est parti d’un bon matin et n’est plus revenu, voici quatre ans. Probablement enlevé par des groupes armés œuvrant dans la région. Elle survie avec ses cinq gosses grâce à son « petit commerce ». Elle aurait souhaité vivre de son champ mais, l’insécurité persistante dans certains coins du territoire l’empêche d’accéder à sa propriété. Je suis désolé au point de ne vouloir plus entendre de son histoire. J’arrête. D’ailleurs Je n’ai plus envie de rencontrer d’autres villageois au risque d’entendre pire.

Joli Rutshuru!

Publié le 17 août 2010 | 2 réactions

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17heure et demie, après avoir roulé pendant au moins deux heures, je débarque à Kiwanja, une cité du territoire de Rutshuru à 72 kilomètres au Nord de la ville de Goma vers le parc national de Virunga. Fouler mes pieds ici me rappelle bizarrement les images des cadavres qui ont fait les unes des journaux télévisés des chaînes internationales, il y a quelques années. C’est ici au fait, que les troupes du Congrès Nationale pour la Défense du Peuple  (CNDP), dirigé de mains de maître par le général déchu Laurent Nkunda, aujourd’hui en détention au Rwanda, a commis ces pires sottises.

Cette localité à la réputation d’avoir un climat chaud. Je remarque que ce n’est pas seulement le climat mais, aussi les habitants de cette contrée ont la chaleur dans leurs cœurs. Comme si les événements malheureux du passé n’ont pas d’effets sur la vie quotidienne, sur le seul tronçon bitumé (avec mille nids des poules) qui traversent la citée, c’est l’ambiance festive. Des petites baffles installées devant les salons de coiffures, des restaurants de fortune ou des Ngada (débit de boisson) diffusent de la musique jusqu’à s’imaginer dans une Kermesse à la congolaise. Les taxis moto sont nombreux et circulent à vive allure. Des femmes étalent et vendent différente sorte des fruits le long de la route. Je n’en reviens pas, je suis dans l’ex-fief du tout puissant Nkunda.

Un logement de campagne

Bon, fini les premières impressions, il faut chercher où passer la nuit. Moise, mon compagnon de voyage me chuchote que la citée de Kiwanja enregistre le taux le plus élevé de prévalence du VIH/Sida : « il faut faire attention avec l’hôtel que tu vas prendre, me dit-il. Je te conseille d’aller où c’est plus ou moins sérieux ». Je fais semblant d’être d’accord avec lui, même si je ne partage pas son avis, car je suis convaincu qu’il s’agit de discipline personnelle.

Je suis quand même ses conseils en allant frapper sur la guérite du CAP Buturande (entendez, Centre d’Accueil Protestant). C’est parmi les plus anciens établissements qui offrent des logements aux visiteurs de Kiwanja. Il est géré par la Communauté des Baptistes au Centre de l’Afrique (CEBCA), une communauté très respectée dans cette région. En face de moi, une bâtisse de couleur jaune à la forme rectangulaire avec une cour au milieu qui me rappelle ma cours de récréation à l’école primaire.

Surprise et paradoxe

Le réceptionniste ici, est un jeune homme de courte taille, de teint sombre, je lui donne la trentaine. Il a l’air sérieux, chemise bien enfilée, tel un abbé dans sa paroisse. Je l’aborde avec gentillesse et politesse avec lesquelles je le trouve. Erreur, je me trompe, ce n’était qu’une impression de façade. Au fur et à mesure que je lui pose des questions, je me rends compte que le jeune homme est ivre. Mon interlocuteur a du mal à prononcer des phrases entièrement. Je suis obligé de deviner à chaque fois la suite de ce qu’il veut me communiquer. N’empêche, on parvient à se comprendre malgré tout. J’obtiens une chambre à trois lits à 10 dollars la nuitée, qu’on partage avec deux autres amis. Une pièce d’environ cinq mètre sur 8. Sur les trois lits, des moustiquaires sont suspendues. Surement ça doit être un don, parmi plusieurs, des organismes impliqués dans la lutte contre le paludisme.

Fini l’étape d’installation, dominée par des surprises et paradoxes. Surprise, car l’image que je me fais de la citée de Kiwanja depuis Goma vient de changer. Les séquelles des guerres du passé sont minimes, visiblement inexistantes. Les gens vivent normalement, du moins ce que j’ai vis à mon arrivée. Paradoxe, j’ai rencontré un bourré, agent dans un centre d’accueil protestant où l’alcool est pourtant interdit. Peut être que demain je découvrirais autre chose… je n’hésiterais pas à vous tenir au courant.

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